Chouvigny au fil des siècles

Sur les traces d'un château qui a traversé l'Histoire

Le château de Chouvigny a été construit sur l'emplacement initial d'un castrum (fort militaire dans la Rome antique) de l'époque gallo-romaine. Depuis 1500 à 2000 ans, ce lieu est donc le site d'un édifice fortifié ayant pour but de surveiller la Sioule, qui marquait alors la frontière entre les peuples Arvernes et Bituriges.

En 1250, au cœur du Moyen-Age et sous le règne de Louis IX, dit Saint Louis, Guillaume Ier de Chouvigny fait bâtir un château de défense dont l'assise n'a pratiquement pas bougé depuis près de huit siècles. Il est perché sur un piton rocheux à 87 mètres au-dessus de la Sioule, d’où il pouvait surveiller aisément les environs. Si le château a été plusieurs fois reconstruit, c'est toujours sur les mêmes fondations et dans un style proche de celui du XIIIème siècle. Il est donc encore aujourd'hui très proche de ce à quoi il devait ressembler lors de sa construction en 1250, et a gardé une unité architecturale remarquable pour un édifice aussi ancien.

Par un jeu d’alliances et de mariages, le château passe vers 1460 dans la famille de La Fayette, une grande famille noble d’Auvergne. Il sera maintes fois échangé, notamment en dot ou en héritage, et pendant deux siècles s’éloignera et se rapprochera régulièrement de la famille de La Fayette.

Ce n’est qu’en 1654, au terme d’un procès retentissant intenté par François de La Fayette au dernier propriétaire et qui aura duré 14 ans. François, comte de La Fayette, maréchal de camp des armées du Roi et désormais baron de Chouvigny, restaure avec soin le château, dont il fait l’une de ses principales résidences. Le domaine de Chouvigny est à l’époque très riche, principalement grâce au bois et à la vigne qui couvrent les terres alentours. François de La Fayette fait également à cette époque don au village d’une église, que l’on peut apercevoir de la terrasse du château. Il est notoirement dit que Madame de La Fayette, l’épouse de François, s’ennuyait à mourir dans ce vieux bâtiment, et aurait mis à profit cet ennui pour écrire La Princesse de Clèves, une œuvre reconnue aujourd’hui comme le premier roman psychologique de la littérature française.

La famille de La Fayette restera propriétaire du domaine jusqu’en 1734, date de sa vente à la famille Le Noir. En 1789, alors que toute la France est balayée par les vents révolutionnaires, le château ignore fièrement les changements que l’époque semblait imposer. Encore aujourd’hui, l’édifice semble avoir arrêté le temps aux alentours de 1250. Seules les grandes fenêtres du salon d’honneur, les créneaux absents d’un mur et le ciment présent sur certains murs intérieurs ainsi que quelques aménagements extérieurs témoignent des siècles qu’il a traversés.

Tombé en ruine au début du XIXème siècle, le château est racheté en 1853 par le duc de Morny qui souhaite en faire une de ses nombreuses résidences. C’est le troisième personnage majeur dans l’histoire du château, après Guillaume de Chouvigny et François de La Fayette. Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III, est alors un homme politique et un homme d’affaire de premier plan. Il possède de très nombreuses propriétés partout en France et notamment en Auvergne, où se trouve le cœur de son empire politique et financier. Il restaure avec vitesse et efficacité le château pour en faire un pavillon de chasse, attenant à un immense château « moderne » qu’il fait construire de toute pièce dans la commune voisine de Nades. Le château de Nades ayant brûlé il n’en reste aujourd’hui qu’un pan de mur au milieu d’un parc où la nature a grandement repris ses droits. C’est le duc de Morny qui fait aussi construire la route qui arrive au château, et c’est lui toujours qui, allant cette fois contre le style médiéval, fait ériger deux tourelles décoratives de part et d’autre du portail et apposer un grand escalier ornemental pour accéder au château.

Le château est à nouveau vendu en 1865 par les héritiers du duc de Morny. Se succèdent alors plusieurs propriétaires dont aucun n’a les moyens d’entretenir la propriété, qui retombe en ruine. Ce n’est qu’en 1945 qu’arrive un passionné d’architecture médiévale du nom de Charles-Edouard Groslière. Après quinze ans de recherches dans les archives et de travaux préparatoires, les travaux de restauration ont lieu de 1960 à 1966. Il fait reconstruire seul toutes les tours d’origine ainsi que la cour de cavalerie, et fait installer eau et électricité, dans un grand chantier que tout le monde souhaitait voir réaliser mais que personne n’osait financer.

A partir de 1967, le château est par intermittence ouvert au public, mais huit années d’abandon après le décès de M. Groslière et une succession difficile rendent son entretien de plus en plus important.

Depuis 2010, les nouveaux propriétaires du château de Chouvigny s’efforcent de l’entretenir et de le restaurer, pour assurer non seulement la conservation mais aussi le développement de ce domaine exceptionnel.

 

©2020 photos et mise en page par Laurence Marchesi