Histoire

Le château de Chouvigny, vieux souvenir d’une époque désormais révolue, est l’un des rares fleurons de l’architecture militaire médiévale que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Plus de 750 ans après qu’on lui a donné sa forme actuelle, il veille toujours sur les gorges de la Sioule, perché sur un piton rocheux qui domine de 87 mètres le cours de la rivière.

 

Le premier édifice  fortifié construit à cet endroit fut un castrum gallo-romain, à l’époque de la Rome antique, ce qui fait de Chouvigny un des plus anciens lieux fortifiés de France. En ce temps là, le rôle du bâtiment était de maintenir la paix entre les peuples des Arvernes et des Biturgies, qui occupaient respectivement les terres situés au Sud et au Nord de la Sioule, d’assurer le passage dans les gorges et de maintenir l’ordre sur la voie romaine qui reliait les provinces du Lyonnais et de la Combraille, aujourd’hui aux alentours de Montluçon et de Bourges. Cette voie existe encore aujourd’hui et passe à flanc de colline juste au-dessus du château ; on y accède par un chemin communal.

Le castrum fut édifié par un officier gallo-romain dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’il s’appelait Calvinius, donnant son nom à son domaine qu’on a appelé Calviniacum et Fondis Calvini. Dans sa descendance directe se crée la branche des Seigneurs de Chouvigny, qui conservera cette propriété jusqu’en 1460. Le nom même de Chouvigny vient du nom de Calvinius, dérivé et francisé au fil du temps. Ainsi, les Seigneurs de Chouvigny se sont d’abord appelés Seigneurs de Calviniaco, de Chouvignet et de Chauvigny avant de prendre le nom qu’on connaît aujourd’hui. Jusqu’à l’abolition des privilèges le 4 août 1789, les Seigneurs de Chouvigny ont toujours eu droit de haute, moyenne et basse justice sur leurs terres.

Le fief de Chouvigny est resté en possession de la descendance directe de Calvinius entre 900 et 1400 ans (cela dépend de la date de construction du tout premier bâtiment, qui nous est inconnue) mais les propriétaires, bien qu’appartenant toujours à la même famille, ont été particulièrement nombreux et n’ont laissé de traces que par intermittence. Ainsi, on sait que les Seigneurs de Chouvigny ont fondé au VIème siècle l’abbaye de Menat, un des plus vieux établissements monastiques d’Auvergne. Ensuite, il faut attendre cinq siècles pour retrouver un membre de cette branche : en 1070, le chevalier Blain de Chouvigny, Seigneur de Nades, La Lysolle, Saint Gal et Salpeyleine, se lance avec ses fils Claude et Roger dans la première croisade, lancée par Guillaume, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers. En 1080, ces deux fils escortent le chevalier Arnauld de Veauce le long d’un pèlerinage jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle, où ledit chevalier fera devant eux un certain nombre de dons au monastère d’Ebreuil avant de mourir.

Notons ici que le château tel qu’on peut le voir aujourd’hui, c’est-à-dire un ensemble fortifié de style médiéval et non plus gallo-romain, est apparu en 1250 sous le règne de Louis IX, dit Saint Louis. C’est Guillaume Ier de Chouvigny qui est à l’origine de sa construction : il hérite du castrum et ordonne sa conversion en place forte dans le style de l’époque, pensant ainsi pouvoir défendre les gorges et en assurer l’ordre.

En 1281, sous le règne de Philippe III, Guillemin, fils de Bertrand de Chouvigny, prend pour épouse Catherine, fille unique du baron de Blot, créant ainsi la branche Chouvigny de Blot. En 1320, Guillaume II de Chouvigny prête serment d’allégeance à Philippe V, sire de Bourbon. En 1346, durant le règne de Philippe VI de Valois, Philippe de Chouvigny, Seigneur de Saint Gérand, Vaud et Valençon, est fait prisonnier à la bataille de Crécy, avant de devenir chambellan du duc Louis II de Bourbon en 1359.

A cette date, les fonctions défensives et régulatrices du château deviennent caduques. En effet, son confort est alors considéré comme précaire, et son utilité militaire comme quasi-nulle au point que, si une garnison y demeure toujours par tradition, l’édifice n’a plus vraiment valeur de poste militaire. Il finit même par ne plus servir non plus de logis familial, les Seigneurs de Chouvigny ayant acquis d’autres terrains plus importants dans le reste du Bourbonnais. C’est d’ailleurs ainsi qu’en 1370, pendant la Guerre de Cent Ans, des pillards s’emparèrent facilement du château, entrainant la perte de tous les titres pour lesquels il a fallu demander au roi la permission de les reconstituer. Ici, la lignée des Seigneurs de Chouvigny devient plus précise. Bertrand, Guillaume, Hugues, André et Jean se succèdent, le dernier mourant au siège de Carthage après avoir épousé Catherine de Bressole et donné naissance à Isabeau de Chouvigny, dame de Nades. Celle-ci épousa le 3 novembre 1409 Pierre de Montmorin, chambellan du Roi et bailli de-Saint-Pierre-le-Moutier. Ils auront deux descendants: Jean, qui épousera Arthuse de Lavieu en 1455, et Françoise, qui épousera Jean Motier de La Fayette, lui apportant en dot le château.

Ici prend fin la descendance directe de Calvinius, avec le mariage de Françoise de Montmorin vers 1460, et apparait par ce même mariage le premier membre de la famille La Fayette, grande famille de la noblesse d’origine auvergnate, qui soit en lien avec le château de Chouvigny. C’est le début d’une transition difficile et mouvementée entre les deux familles qui auront été le plus longtemps propriétaires du château.

Il faudra en effet attendre le 28 juillet 1654 pour que le château appartienne durablement à la branche Motier de la famille La Fayette. Entre-temps, il est passé entre les mains de Jean de Vienne en 1493, d’Aycelin de Montaigut-Listenois en 1500, puis de Louis de La Fayette, qui le reçoit en dot d’Anne, fille dudit Aycelin de Montaigut-Listenois. La fille d’Anne et Louis de La Fayette, nommée Catherine, apporte le château en dot à Guy de Daillon, comte de Lude, dont les descendants conserveront le fief pendant plus d’un siècle. En 1640, sous le règne de Louis XIII, François de La Fayette intente un procès retentissant au dernier propriétaire du château, un certain Frasne, comte de Daillon du Lude, baron de Briançon, Seigneur de Montaigut et de la Roche Savine, qui possède Chouvigny depuis 1631. Le comte de La Fayette revendique l’héritage des fiefs de Chouvigny, Pontgibaud, Nades et Espinasse. Au terme d’un procès qui aura duré quatorze ans et qui se sera soldé par un accord à l’amiable, il renonce à ses prétentions sur Pontgibaud et se voit attribuer les trois autres domaines.

Le château de Chouvigny appartient donc désormais à François, comte de La Fayette, maréchal de camp des armées du Roi. Sur son acte de mariage, il déclare être baron de Chouvigny et Seigneur de Nades. La famille de La Fayette est dès lors fortement implantée dans le Bourbonnais et le château restera en leur possession jusqu’en 1734. D’ailleurs, le château est aussi connu dans la région sous le nom de « Vieux Château La Fayette », à la fois suite à la longue possession du domaine par la famille de La Fayette et à la notoriété de certains de ses membres. Il ne faut cependant pas le confondre avec le château de Chavagnac La Fayette, qui se trouve en Haute-Loire et où est né le marquis de La Fayette.

François de La Fayette, après l’avoir donc repris à la famille de Daillon du Lude puis l’avoir restauré, s’y est installé par amour pour la terre de ses ancêtres. Il vivait là-bas de ses terres et avait fait planter sur les coteaux des vignes qui ont à l’époque fait la fierté du domaine. Mme de Sévigné, ayant passé en 1676 des vacances à Chouvigny pour tenir compagnie à Mme de La Fayette dont elle était proche, a par la suite envoyé à sa fille une lettre, conservée au château, vantant les mérites de « ce bon vin qui sent le fût ». On dit même que ce vin, le Clos La Fayette, avait un parfum de pierre à fusil et un nectar de chatoyant.

Par ailleurs, si le marquis Gilbert Motier de La Fayette, qui s’est illustré au cours de la Guerre d’Indépendance américaine, de la Révolution Française et de la Révolution de 1830, n’a jamais vu le château de Chouvigny, vendu avant sa naissance, ses aïeux l’ont longtemps occupé. Tous les grands membres de la famille Motier de La Fayette y ont tour à tour séjourné entre 1654 et 1734, soient qu’ils y aient résidé ou qu’ils y aient été invités. On retrouve entre autres François Motier de La Fayette, évêque de Limoges, et bien sûr Marie Madeleine Pioche de Lavergne, devenue comtesse de La Fayette suite à son mariage avec François de La Fayette. Les portraits de l’évêque de Limoges et de Mme de La Fayette, avec celui du jeune marquis de La Fayette, ornent les murs du salon d’honneur.

Il est notoirement dit que, mourant d’ennui pendant le voyage de noces qu’elle y a passé, c’est à Chouvigny que Mme de La Fayette aurait écrit La Princesse de Clèves, un roman qui accèdera à la notoriété en étant reconnu comme le premier roman psychologique de la littérature française. Il est en tout cas certain que Mme la comtesse ne partageait pas l’enthousiasme de son mari pour le château de Chouvigny, qu’elle décrie avec virulence dans le récit même de son voyage de noces. Elle y parle en effet de « ruine démantelée », de « désolation » et de « château fantôme ».

Le fils du comte et de la comtesse de La Fayette, René-Armand, hérite du fief en  1683. Sa fille Marie Madeleine épouse en 1706 Charles-Louis de La Trémoille, duc de Thouars et pair de France, qui prend à cette occasion possession du château. Leur fils, Armand-René, duc de la Trémoille, premier gentilhomme du roi Louis XV, en hérite en 1730. Peu intéressé par ce domaine à ses yeux trop lointain, trop insignifiant, trop vieux et trop peu rentable, il vend le fief, mettant fin à la branche La Fayette de la baronnie de Chouvigny. Le 16 avril 1734, le domaine de Chouvigny devient la propriété d’Ignace Le Noir, écuyer puis secrétaire du roi au présidial de Moulins. En 1760, à la mort d’Ignace Le Noir, c’est son fils Pierre François Le Noir, doyen de la grande chambre du Parlement de Paris, qui obtient le château.

En 1789, le fief passe aux mains d’un dénommé Antoine Le Noir, Seigneur d’Espinasse et de Trévol. Alors que toute la France est balayée par les vents révolutionnaires, le château de Chouvigny, sereinement posé en haut de sa gorge, ignore magistralement les changements que l’époque semblait imposer. Encore aujourd’hui, le domaine semble avoir arrêté le temps aux alentours de 1250. Seules les fenêtres du salon d’honneur, les créneaux absents d’un mur et certaines parois enduites de ciment témoignent, pour les connaisseurs d’architecture médiévale, des différents réaménagements qui y ont été faits depuis sa construction.

Pour autant, Antoine Le Noir, conscient du danger que cela représentait d’être noble en ces périodes troubles, aurait caché un fabuleux trésor dans ou aux alentours du château, avec l’aide de son valet qu’il aurait ensuite tué pour conserver le secret de la cachette. A ce jour, le trésor reste introuvable et la légende court toujours.

En 1797, sous le Directoire, le domaine de Chouvigny est arbitrairement attribué à l’un de ses héritiers potentiels, Edme Gautier, baron d’Haute Serve. Cette famille conservera la propriété jusqu’en 1853. A cette date, un personnage hors norme fait son entrée dans l’histoire du château : le duc de Morny. Petit-fils naturel de Talleyrand, fils naturel de la reine de Hollande Hortense de Beauharnais et du comte de Flahaut, Président du Corps législatif, Président du Conseil Général du Puy-de-Dôme, Ministre de l’Intérieur lors du coup d’état et demi-frère de Napoléon III, marié à la princesse russe Sophie Troubetzkoy, il rachète le château de Chouvigny pour en faire une de ses nombreuses demeures. Il acheta également le domaine de Nades car les deux fiefs n’ont, à l’époque, jamais été distingués l’un de l’autre depuis Calvinius. Il fit construire le magnifique château de Nades, merveille de l’architecture du milieu du XIXème siècle et dont il reste encore aujourd’hui le donjon, le parc et l’étang.

Charles de Morny, si on lui a reproché d’avoir fait percer des fenêtres dans le salon d’honneur, qui apportent de la lumière dans l’édifice même si pour les puristes elles « jurent » avec le style médiéval, et d’avoir fait raser certaines des tours, a tout de même eu le grand mérite de restaurer avec vitesse et efficacité le château. On lui doit également la portion de route qui relie le château au bourg de Chouvigny. Il meubla quelques pièces et fit du domaine un rendez-vous de chasse. Il est dit que c’était un lieu de prédilection pour la duchesse Sophie de Morny. Les héritiers du duc de Morny vendirent le château à M. Louis Paturet.

En 1878, le baron Eugène de Cadier de Veauce, dont l’un des ancêtres avait côtoyé la famille Blain de Chouvigny en 1080, rachète le château, tombé en ruine, pour deux mille francs de l’époque. En 1885, la baronne Jeanne Cornélie Valentine de Wykersvoth de Werdesteyn de Veauce, veuve du baron de Veauce, vend à son tour les ruines. Mises à prix à 600 francs, elles sont achetées 1500 francs par M. Pilastre, qui laissera le domaine à l’abandon jusqu’en 1925. Alors, un acquéreur se présente, un certain M. Ruffenacht qui désire transformer le monument en relais gastronomique, mais devant la somme à investir il abandonne vite son projet.  

Enfin arrive, en 1945, un passionné du nom de M. Groslière qui rachète ces ruines lourdes d’Histoire dans le but de le restaurer, seul et sans aucun soutien officiel. Son projet non-lucratif passe par un lent rassemblement de toute la documentation nécessaire. Cela repousse le début des travaux, qui commencent en septembre 1960 avec l’installation de l’eau courante et se terminent en 1966. Il reconstruit la tour de la prison, le donjon carré, la tour de guet, la tour du trésor et la cour de cavalerie. La presse locale et régionale le loue avec force pour avoir entrepris ce que tout le monde souhaitait mais que personne n’osait financer.

A partir de 1967, le château est ouvert au public. Il ferme ses portes en 1976 suite à des problèmes de succession et reste à l’abandon pendant huit ans, restant à la merci du vandalisme et des intempéries. Les propriétaires suivants, M. et Mme Sévérac, ont fait leur possible pour remettre en état le domaine et pour le rouvrir au public.

 

Aujourd’hui, les nouveaux propriétaires du château de Chouvigny s’efforcent de continuer l’œuvre de tous leurs prédécesseurs, grands ou petits, dans la conservation de ce joyau architectural, historique et culturel.

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